En entamant la dernière ligne droite de ce mois riche en expérimentations, notre recherche fit émerger la notion de lumination. À l’origine, ce terme renvoie à une grandeur photométrique, désignant ce que l’on appelle aujourd’hui « exposition lumineuse ». Elle représente la quantité totale de lumière visible appliquée à une surface sensible, d’un capteur numérique ou d’une pellicule argentique.
Dans sa définition la plus élémentaire, la photographie repose sur un principe fondamental: celui de capter et de traduire la lumière. De cette matière première modulée, des artefacts lumineux apparaissent à travers nos dispositifs techniques de captation de l’image – tels que ceux mobilisés au cours de nos recherches. À la fois sujet et matière lors de la prise de vue, la lumière devient ainsi une donnée centrale, une véritable matière de création. Les erreurs, les aberrations ou les débordements lumineux ne sont alors plus des défauts à corriger mais des phénomènes naturels ou artificiels à observer, à intégrer et à exploiter.
Au-delà des tâches blanches visibles à l’image, au-delà de ce qui échappe à l’œil nu, ces artefacts peuvent être interprétés grâce à des outils spécifiques, ouvrant la voie à une lecture d’une autre nature : celle du son. Dans son versant numérique, la photographie se présente comme un ensemble de données alphanumériques. La sonification offre alors une approche alternative permettant de traduire ces données visuelles en informations sonores. La lumière en tant que quantité informationnelle déborde du visible, pour celui d’une écoute faisant de l’image un médium hybride. Ce faisant, « l’information sonore est codée dans ces ondes radio, de nature identique aux ondes lumineuses mais invisibles pour nous car de fréquence beaucoup plus basse (bien plus loin que l’infra-rouge), et qui sont simplement le support de la propagation de l’information et non l’information elle-même. »1
Amoureux de l’espace et mélomane, la sonification des données a permis aux scientifiques comme aux compositeurs d’explorer la matière spatiale par l’écoute. Exemplairement, le fameux Hum of the Sun 2 résulte de la transduction des champs électromagnétiques gravitant autour du Soleil en longueurs d’onde audibles. De cette conversion naît un bourdonnement, à la fois inquiétant et fascinant. Si cette technique a été déployée pour explorer différents environnements spatiaux, de la Lune à d’autres corps célestes, le Soleil occupe une place singulière. Il s’y joue un parallèle évident avec la photographie, pensée comme une écriture par la lumière. Une correspondance qui nourrit l’expérimentation et attise la curiosité, à la frontière entre image, son et perception.
Sur cette base, nous avons construit un corpus photographique d’artefact lumineux saisit lors des diverses expérimentations que nous avons sonifié via un logiciel de Musique Assistée par Ordinateur. À cette étape précise, il est possible d’écouter alors l’image, d’ajuster ses basses fréquences, de lui appliquer un écho ou une réverbération. Cependant, nous avons fait le choix de garder la bande audio brute pour récupérer le spectre audio en tant que représentation fidèle du visuel sonifié. Ainsi, par cette hybridation des médium dû à l’interprétation de donnée lumineuses, nos explorations visuelles ont pu danser au gré de leur propres rythmiques.
1 Définition de la radioastronomie, [en ligne], URL : https://www.obs-nancay.fr/presentation/2 Padi Boyd et Robert Alexander, Hum of the Sun, dans Nasa’s curious universes, saison 6, episode
2, Nov. 14, 2023, [en ligne], URL : https://www.nasa.gov/podcasts/curious-universe/the-hum-of-the-sun/