Lors de ce mois de la recherche, nous nous sommes également orientés vers des expérimentations mobilisant des supports écrans de type papier électronique (e-paper). Ces écrans non luminescents, habituellement utilisés pour l’affichage de texte à travers les liseuses ou l’affichage de prix dans les magasins, ont constitué une nouvelle forme d’exploration de l’image pauvre1.
En plus d’être non lumineux, ces supports écrans ne consomment que très peu d’énergie, uniquement nécessaire lors du rafraîchissement de l’information (affichage) rendu possible par le biais d’une technologie d’encre électronique (microbilles). Le support conserve l’information lorsque celui-ci n’est plus alimenté, créant ainsi une forme de permanence inhabituelle dans le monde des écrans numériques.
Différents types de supports papier électroniques ont ainsi été testés. Ces supports nous ont particulièrement interrogés par leur proximité avec l’univers photographique. En effet, le support lui-même permet une lecture en négatif de l’image affichée, un verso relevant une image inversée, rappelant les processus argentiques et leur matérialité.
Un drôle d’appareil, le e-pola
Ces différentes expériences nous ont menés à inventer un dispositif de prise de vue à mi-chemin entre l’appareil photo Polaroid et l’appareil photo numérique : E_Pola. La visée de ce projet était de mettre à profit l’aspect permanent du support lui- même (image constante et permanente) en créant un appareil fonctionnel et portable.
La faible résolution et le format du support résonnent avec l’histoire même des images carrées des Polaroid2. Cette contrainte technique nous a permis de créer un lien entre l’instantanéité de l’image numérique et la possibilité de conserver cette image au-delà de la fugacité de nos écrans. Le E_Pola propose ainsi une temporalité hybride : la capture immédiate du numérique couplée à la persistance matérielle de l’argentique, sans pour autant nécessiter l’infrastructure énergétique constante des écrans traditionnels.
Cette démarche s’inscrit pleinement dans une réflexion sur l’image pauvre, questionnant à la fois les enjeux écologiques de l’affichage numérique et la matérialité de nos images contemporaines.
1 Steyerl Hito, « In Defense of the Poor Image », e-flux Journal n°10, 2009 https://www.e-flux.com/journal/10/61362/in-defense-of-the-poor-image
2 « L’histoire du Polaroid », La maison de l’argentique, 2020 https://lamaisondelargentique.com/blogs/magazine/histoire-polaroid?srsltid=AfmB Oor5VvS0O1egHddOh9Fntqp1LfmphTArklqbm1r1Q8cOBcvAQ0z2