Le laptogramme

Parmi les pistes d’exploration lors de ce mois de la recherche, les étudiants ont pu réaliser des expériences autour de la capture d’écran sous la forme d’une pratique nommée Laptogramme. Cette technique consiste en un procédé à la fois simple et intuitif : produire une image par contact direct entre un papier photosensible et la surface lumineuse de l’écran.

La genèse de cette expérimentation part de plusieurs questionnements fondamentaux quant à la nature des images que nous côtoyons quotidiennement dans nos espaces numériques. La capture d’écran telle que nous la pratiquons à travers nos déambulations digitales peut-elle sortir de son environnement natif pour s’inscrire sur un support photosensible ? Peut-elle acquérir une nouvelle matérialité face aux flux incessants d’images et réaliser un véritable arrêt sur image de nos surfaces lumineuses, en perpétuelles mouvements ?

Les différentes manipulations conduites durant cette recherche nous ont permis de transférer des images d’un monde à l’autre, créant ainsi une perméabilité inattendue entre l’impalpable et la matière. Ce processus révèle combien nos dispositifs numériques actuels produisent une lumière suffisamment forte et puissante pour impressionner directement le papier photographique, sans médiation autre que le contact. Le Laptogramme devient ainsi une preuve tangible de l’existence physique de nos images numériques, une trace matérielle de ce qui semblait destiné à rester évanescent. Une étude approfondie des manières de réaliser ces transformations nous a permis d’obtenir une finesse dans les images produites, faisant advenir des résolutions surprenantes et inattendues. En appliquant directement le papier photosensible sur la surface de l’écran, nous avons trouvé une solution pour littéralement arrêter le temps et extraire l’image de sa logique computationnelle vers le monde sensible.

Le processus requiert une attention particulière à plusieurs paramètres : la luminosité de l’écran, le temps d’exposition et le contact physique.

 Le Laptogramme opère une forme d’archéologie inversée : au lieu d’exhumer des traces du passé, il matérialise le présent numérique, lui conférant une épaisseur temporelle et une persistance physique. Chaque image ainsi produite devient un objet unique, non reproductible à l’identique, réintroduisant l’aura de l’œuvre d’art à l’ère de sa reproductibilité technique numérique.
Cette pratique interroge également notre rapport au temps dans l’environnement numérique. Là où le flux d’images se caractérise par son caractère éphémère et sa consommation rapide, le Laptogramme impose un ralentissement, une contemplation, un rituel presque alchimique de transformation.En définitive, le Laptogramme constitue bien plus qu’une simple technique de reproduction d’images. Il s’agit d’une poétique du contact, d’un geste qui réintroduit le corps et la matière dans notre relation aux images numériques. Dans un contexte où l’écran tend à devenir une barrière transparente entre nous et le monde, le Laptogramme nous rappelle que cette surface est elle-même un lieu, un espace de rencontre possible entre différents régimes d’existence de l’image. Cette pratique nous invite à repenser notre rapport aux technologies d’affichage non plus comme de simples interfaces de visualisation, mais comme des sources lumineuses capables d’agir sur la matière, de laisser des traces, de produire des objets. Elle transforme l’écran en révélateur, au sens photographique du terme, révélant la présence physique de ce que nous pensions n’être que du code et des pixels.