le scanopé

Parmi les expérimentations menées durant notre mois de recherche, le scanopé s’inscrit comme un de nos dispositifs hybrides, situé à mi- chemin entre le scanner bureautique et la technique du stenopé, deux technologies éloignées historiquement et socialement ici réunies par leur rapport à la lumière et au temps d’exposition.

Notre scanopé répond d’une réflexion plus large sur les dispositifs de capture visuelle premiers et contemporains; alors que les images se forment par une captation directe de la lumière pour l’un – à la manière d’une chambre noire – l’autre génère sa propre luminosité dans un but d’archivage documentaire. Tous deux exposent une relation différente à cette lumière nécessaire et, d’évidence lorsque combinées, questionnent la manière dont l’image est produite, en dehors des techniques standardisées de la photographie numérique actuelle.

L’objectif de ces tests fut d’obtenir un rendu visuel plus ou moins précis, mais résolument indéchiffrable quant à l’origine de son médium de productions; elles renvoient picturalement directement à la camera obscura, mais gardent les traces flous du balayages de la numérisation des scanners. Notre hybridation est une transformation de la surface du scanner, où isolée par une boite de la lumière ambiante, nous ne la laissons pénétrer qu’exclusivement que pas un objectif unique. Nous ne conservons du scanner que ces capacités de discrétisation où l’image produite dépend d’ailleurs de ces paramètres digitaux : d’un côté, la qualité de numérisation, les réglages du logiciel associé et de l’autre, l’ouverture du diaphragme. Plus l’ouverture est grande, plus l’image devient floue et occupe une surface importante sur la zone de scan. A l’inverse, plus elle est réduite, plus l’image est détaillée.

La boîte agit comme une chambre noire contemporaine, modulant la densité lumineuse sur la surface du scanner, avec des ajouts de calques qui fonctionnent comme un diffuseur, adoucissant la lumière, rappelant les filtres ou verres dépolis utilisés dans les pratiques photographiques analogiques.

Le scanopé présente aussi le potentiel d’un usage nomade, détournant un outil initialement conçu pour un contexte d’archivage documentaire et ultimement administratif. Ce déplacement d’usage fait écho aux pratiques contemporaines de la photographie expérimentale et aux démarches de détournement d’appareils, typique du champ de l’archéologie des media1. Le scanner, habituellement destiné à la reproduction fidèle de documents dans l’optique d’une conversation de document, devient ici un outil de capture du monde extérieur.

En convoquant des principes anciens à travers un appareil contemporain, notre expérimentation interroge la matérialité de l’image, son mode de fabrication et notre rapport à la précision photographique. L’image produite est le résultat visible d’un dispositif avec ces aléas, d’un temps et d’une lumière dont la maîtrise, bien que fragile, fait état d’une histoire de la photographie sans appareil.

1 Parikka Jussi, What is media archeology ?, Royaume-Uni, Ed. Polity, 2012